Prise en mains, Levo 4 X : quand Specialized transforme son VTTAE en monture d’expédition

Prise en mains, Levo 4 X

On m’a demandé ce que je pensais d’un VTT électrique tout suspendu capable d’emporter 22 kg de bagages sur des sentiers. Ma première réaction ? Un haussement de sourcil. Le bikepacking, c’est avant tout la légèreté, le sac au guidon, la simplicité. Et voilà Specialized qui balance un Levo 4 X avec des porte-bagages intégrés.

Je l’avoue, j’ai mis du temps à comprendre le pari.

Le braquet honnête

14 500 €le prix qui place le Levo 4 X très haut dans l’échiquier, loin des 5 500 € de l’Alloy

Le chiffre qui fait réfléchir : 14 500 €, et ce n’est pas le plus surprenant

Le S-Works Levo 4 X affiche environ 14 500 € en Europe. Vous avez bien lu. Pour situer sans comparer abusivement : la version Alloy la plus accessible de la gamme Levo 4 se trouve à 5 500 €. Le X ajoute une dimension expédition que son prix place très haut dans l’échiquier.

Les porte-bagages eux-mêmes, vendus séparément, pèsent dans la balance : 200 € l’avant, 400 € l’arrière, soit environ 600 € le duo. Le constructeur les propose aussi pour les propriétaires de Levo 4 et Levo R standard, moyennant l’installation des interfaces compatibles.

Charge utile totale des racks : 22 kg, 10 kg à l’avant, 12 kg à l’arrière. Assez pour envisager sérieusement plusieurs jours d’autonomie, avec la tente, le sac de couchage, la popote.

La patine
  • Le vrai coup de génie du Levo 4 X
  • Les porte-bagages se fixent à la structure suspendue, pas au cadre fixe
  • Le chargement bouge avec la suspension, le poids reste au-dessus du point de contact
  • Même vélo pour la sortie Sunday morning et la traversée de trois jours

111 Nm, 850 W en pic : la motorisation comme argument de poids

Là où le Levo 4 X se distingue, c’est sous le boîtier de pédalier. Le moteur S-Works 3.1 développe 111 Nm de couple, avec des pointes à 850 W. Ce n’est pas de l’assistance légère : c’est du tracteur.

La batterie intégrée fait 840 Wh. L’extension de 280 Wh porte le total à 1 120 Wh. En conditions réelles, le constructeur annonce entre 4 h 20 et 4 h 40 de roulage. Avec l’extension et le mode très éco, on grimpe jusqu’à 5 h 30.

Le débattement, 160 mm avant et 150 mm arrière, reste dans la logique trail. Pas d’excès enduro, mais de quoi absorber le chargé sur du rooté ou du pierrier.

La réponse courte
Le bikepacking électrique n’est plus du bikepacking tel que je l’ai pratiqué. C’est autre chose. Un hybride de randonnée et de VTT.

Le détail qui change tout : des porte-bagages qui suivent la suspension

Voici le vrai coup de génie, ou le vrai point de discorde, selon votre philosophie du bikepacking. Les porte-bagages se fixent à la structure suspendue du vélo, pas au cadre fixe. Résultat : le chargement bouge avec la suspension, le poids reste toujours au-dessus du point de contact, la motricité ne s’en trouve pas dégradée sur les impacts.

Ils s’installent et se retirent en quelques minutes une fois les interfaces posées. Le cadre intègre aussi un rangement avec sacoche dédiée. L’idée est claire : le même vélo pour la sortie Sunday morning et la traversée de trois jours.

Moi, ça me parle. Ou plutôt : ça me parle à condition d’accepter que le bikepacking électrique n’est plus du bikepacking tel que je l’ai pratiqué. C’est autre chose. Un hybride de randonnée et de VTT, avec une autonomie énergétique qui conditionne tout.

22 kgla charge utile totale des racks, assez pour plusieurs jours d’autonomie avec tente, sac de couchage, popote

Le poids de la réalité

En taille S4 (équivalent M), le Levo 4 X pèse lourd. Vous pouvez oublier le portage sur l’épaule en cas de sentier impraticable. Là où un gravel bikepacking classique se soulève, celui-ci reste au sol.

Et puis il y a la question de la recharge. 1 120 Wh, c’est beaucoup. Mais sur trois jours d’itinérance loin des prises, il faudra quand même trouver où brancher. Le très éco à 5 h 30, c’est le mode d’économie d’urgence, pas celui où vous vous amusez.

L’angle faible, c’est là : l’autonomie annoncée suppose des conditions idéales, et le mode ludique érode vite les réserves. Le bikepacking électrique, c’est aussi un calcul permanent de watts restants.

Pour qui, au final ?

Le Levo 4 X n’est pas une évolution universelle. C’est une proposition de niche, très aboutie, pour le pratiquant qui veut aller plus loin sans sacrifier le plaisir technique du VTT. Celui qui a les moyens, qui dispose de points de recharge sur son itinéraire, et qui assume le poids contre le confort de chargement.

Vous l’avez peut-être compris : je ne suis pas sûre que ce soit mon vélo. Mais je reconnais l’intelligence du geste. Specialized a pris le bikepacking au sérieux, avec des solutions mécaniques réfléchies plutôt qu’un simple ajout de sangles. Le Levo 4 X existe, il a sa cohérence, et il ouvre un terrain que peu osent explorer à ce niveau de finition.

Reste qu’il faudra tout de même trouver où recharger, et que 14 500 €, c’est le prix d’une voiture. Chacun mesure son rapport au possible.